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Titre: gravé dans le coeur
Mots-clés: algerie marseille integration
Blog Entry: gravé dans le coeur   sélectionné et présenté à     la criée des scénaristes     du festival international des scénaristes de bourges,     le 31 mars 2007   REFLEXIONS SUR « GRAVE DANS LE CŒUR » J'ai prévu d'aller en algerie pour réaliser un film. un ami franco français me souffle depuis longtemps, un projet de documentaire, il a trouvé un titre : il  était une fois en algerie. Mais j'ai déjà vu ce titre dans un film,  au-dessus de l'entrée d'un bazar algérien : « il était une fois dans l'oued » de djamel bensallah. Maintenant, Il suffit de trouver le sujet. Des questions à mon ami franco français  : comment me voit-il ? En tant que français ? En tant qu'algérien ? En tant que fils d'immigré ? Peut-il définir toutes ces identités ou bien, pour lui, il y a plus important ? Va-t-il comprendre ma démarche ? Quel  sera son ressenti quand il verra le film ? J'ai prévu d'aller en algerie, revoir des visages, revoir un film… d'enfance, sortir mon gun, et fumer mes fantômes. J'ai prévu d'aller en algerie, pour dire adieu à ceux qui vont partir… et dire bonjour, à ceux qui sont venus. Ce ne seront pas des vacances. La dernière fois que j'ai foulé le sol algérien, c'était en 1981. Je traîne dans les aéroports comme un futur clandestin attendant la bonne occase pour partir, je vois descendre des avions, des visages plein d'images sortant d'un théâtre. Des pieds noirs fatigués de ces longues années d'attente et qui portent des yeux embués, comme des bagages en main.   Je promène mes regards sur le port, des bateaux accostent, des silences, des suspenses, vais-je surprendre un voyageur clandestin ?  Tiens, en voilà, un ! Ses yeux cherchent enfin, à s'ouvrir…  sur un spectacle interdit aux resquilleurs. merlin feat. intik chante :- « le rêve francais »   Ambiance en attente de création, même les bateaux sont poètes menteurs et les avions, des anges maîtres chanteurs. J'ai commandé une machine à explorer le temps, je l'ai réglée sur juillet 2007 et en 1 h et 15 minutes, je ferai un bond de 25 ans vers le futur. J'ai toujours voulu faire un film sur le pays de mes parents, ce pays encore étrange et inconnu pour moi, ce pays, qui sent encore le sang …  mais  je n'ai pas d'idée, pas de scénario, aucun sujet comme si je voulais effacer ce pays qui représente peu être quelques fois, l'origine de toutes les conséquences négatives ou bonnes d'une vie loin de lui … Je suis souvent captivé par des tableaux, peints à l'huile, j'aime entendre mes pas qui résonnent sur un sol de marbre d'une salle d'expo qui offre à mes yeux des humeurs. Je suis dans une salle d'expo, le nez sur des tableaux, au fond de cette salle d'expo, une porte ouverte, un atelier de peintre, là, un peintre jette de ses yeux, des couleurs qu'il arrache à une carte postale d'algerie, sa grande toile s'éclaire de mille et une nuits étoilées. J'ai oublié,  la passion exclusive que l'on éprouve, pour un pays,  les hymnes nationaux, me sont  inaudibles  même gravés dans mon cœur et les drapeaux sont des pierres que l'on m'a jetées à la figure. Ce qui ne fait pas de moi, un casseur ou un brûleur de voitures ni un mauvais français. Je suis respectueux du pays de Zola et du siècle des lumières. C'est une chance d'avoir vécu ici, je l'avoue ! Intégré jusqu'à la désintégration de l'autre culture que je m'efforce de retrouver, je suis prêt à rejoindre les rangs de la résistance mais aucune armée et son drapeau, pour défendre n'importe quel pays attaqué par un nouvel hitler. Alors, j'ai acheté le monde dans un supermarché, une envie de fuir, une mappemonde dans la poche, partir… Devant la carte de l'algerie,  je recherche des souvenirs…. Un lieu non mentionné sur la carte mais gravé dans son cœur… le village de mon vieux ! Des vergers, une rivière, des collines, une mosquée et pas de voiles ni de burka. Une vie simple loin des tracas des villes, loin de l'ignorance et de l'indifférence. C'est impressionnant, d'apercevoir quelques instants, l'amour d'un pays dans ses yeux… difficile à décoder, difficile d'accrocher, difficile à ressentir ! La camera devra être humaine pour graver cela sinon, ce n'est pas la peine ! Je dépose les armes, je ne veux pas aimer un seul pays,  je préfère aimer ma mappemonde en papier,  à 5 euros, mon pays est sans frontières, enterrez moi ou vous voulez, en chine, en France, en algerie ou aux états unis ! Je vais encore me faire des ennemis, tant pis ! Culpabilité de mes proches ! Ok, enterrez moi là bas, près du grand-père ! Rentrer dans le rang pour être produit, devenir un produit, rentrer dans le marché, vendre, acheter, sourire et fermer sa grande gueule ! Ok, c'est promis, je veux bien mais je ne baisserai pas mon froc pour adoucir mes angles… de prise de vues. D'accord, mais arrange ta cravate. Je serai humain, c'est tout ce que je peux vous promettre ! qu'est-ce que vous croyez ? moi aussi j'aime la beauté !   Pour trouver, l'inspiration, j'écoute sniper, un groupe de rap français : « gravé dans la roche »  ce ne sont pas pour moi, des pleureurs capricieux,  comme ces manifestants en grève qui défilent egoiste, ne pensant qu'à eux, ne pensant qu'à chanter, en joie, des slogans pour demander 10 centimes de plus  sur  leurs salaires, pour enfin réparer la machine à baver des silences qui susurrent à l'oreille des paraboles vissées sur les cités d'Afrique, des invitations à se taire et à s'enfuir. J'apprécie les paroles du groupe de rap :  sniper. Ma propre violence se calme au son de leurs mots, et je veux graver dans le  cœur, mes élans artistiques qui  paralysent mon imaginaire. Nous, on n'avait pas appris à aimer, d'ailleurs, on n'apprenait rien sauf les sols de béton, on n'avait pas le temps, on apprenait à attendre alors, j'ai quitté la cité, pour apprendre. J'admire le pinceau tenu par les peintres,  des baguettes magiques dansent dans mes films. Je regarde « traces », un de mes films, réalisé en octobre 2000, je fais des arrêts sur images, des retours et des avances, j'écoute les gens parler de là-bas, sans qu'ils y soient, je me force à rentrer dans leurs pensées, pour comprendre leurs arts. Et les artistes sont des questions sans réponses, gravés dans le cœur ! Je cherche une fissure dans le film pour pénétrer dans l'autre, celui qui va bientôt couvrir une toile et remplir mes yeux de cent nuits noires. Blanches sont mes nuits, elles étendent leur encre pour corriger mes ratures. La pénombre et le silence sont mes compagnons. Je t'ai toujours rêvé, je t'ai parcouru, quelques fois, je t'ai touché…. Je t'ai cherché dans les nuits, dans une clarté rouge, ambiance champagne, poches vides et sous les yeux, le matin. J'ai prononcé souvent ton prénom en te fuyant, tu étais toujours la plus belle pour moi mais souvent une illusion ! Attends, je reviens, patiente, encore un peu ! Juste un siècle ou deux !   J'ai acheté une toile, des pinceaux, une palette, un chevalet  et tout les jours, je regarde cette toile blanche, l'angoisse de la page blanche, un écran trop blanc dans une salle de cinéma trop grande ! Encore des doutes. Je reste souvent durant quelques minutes tenant souvent un pinceau immobile. J'attends qu'il se réveille d'un long sommeil, qu'il sorte de mes rêves, qu'il trouve enfin une sortie. Un film tableau,  à faire dans la solitude ! Quelles couleurs dois-je choisir ? Que vais-je représenter ?   L'histoire commence, c'est l'histoire d'un gars qui avait une putain d'irrésistible envie de peindre et de faire un film sur l'algerie. rim k rachid system et cheba zahounia chantent avec l'accent : « on garde toujours l'espoir… » l'Algérie, « elle est la terre de mon père et de ma mère « Je prends ma plume mais je sais qu'Il faut s'attendre à réécrire ce documentaire si l'actualité colle à mes propos, si des surprises surgissent dans un carrefour, à droite ? A gauche ? Retour en arrière ?  Mais toujours pour mieux aller de l'avant. C'est promis, je ne vous rendrai pas vénères! Je vous shooterai des beaux soleils couchants, des chameaux dans le désert, des danses du ventre à faire rougir de timidité des prostitués, des pluies  de couscous,  sherazade dans l'ombre et la lumière et des princes sarrasins drapés de blanc sur leurs chevaux noirs bleutés, leurs courses faisant trembler la terre, trembler le monde. L'exotisme, en veux-tu ? En voilà…  des oranges, des dattes, des épices et des palmiers ! Et les dialogues ? éclaire donc nos yeux, on t'écoute, allez !  Ben… heu… ou des silences ? A comprendre, pour comprendre ! Petits éclairs dans des yeux ! On devine des murmures ! Son hors champ, des mots qui ne se disent pas, c'est ça la pudeur africaine ! Des regards sans paroles ! Juste des mots tranchant comme des sabres  que certains pourront entendre… fendre l'air !   Reda taliani et 113 chantent: « Evasion spéciale de l'Algérie occidentale, et bateau, mon  amour sors moi de la misère…. » Qu'attendent-ils de la vie ? Et au cas où,  s'ils se sentent appartenir à une nation, qu'attendent-ils de leur pays ?  Du pain et des jeux ? Quels regards posent ils sur les immigrés en vacances ? Et que disent-ils sur les harkis et de leurs enfants ? encore oubliés, comme une tache que l'on ne peut plus effacer et que l'on essaye de cacher ? Les algériens m'en diront ils des maux ? Une idée : correspondance par lettre vidéo entre un harkis et un algérien, ils ont sûrement des tas de choses à se dire, à se montrer, à écouter ! Pour enfin, en finir, avec ces histoires de larmes. Les algériens répondent avec le raï, style de musique mais aussi mot qui signifie opinion. Des opinions à capter pour illustrer la bande son collée aux paysages qui se reflètent sur un rétroviseur en couleur d'un taxi jaune d'Alger qui roule sur la côte andalouse. Il m'amènera dans une de ces boites, découvrir les chichis, la jeunesse dorée algérienne qui n'a rien à envier à celles des autres pays du monde. J'en ai côtoyé quelques-uns, en France, à Paris, c'est sûr, ils avaient les moyens de venir, ah bien sûr…  ils ne traînaient pas dans le quartier de barbes, ils préféraient les endroits chics, les lieux de la jet set parisienne, ah non, surtout par rencontrer les beurs, ces casseurs de vitrine et brûleurs de bagnoles. Ils préféraient discutaient avec des Jean, Pierre, Françoise et les autres ! Y'en a même un qui m'a pris pour un intégriste religieux, je revois ses yeux exorbités de frayeur, j'en ris encore ! Bien sûr, il y en avait un ou deux assez ouvert avec qui j'ai pu discuter. Les chichis ont sûrement des mots à hurler ou des « vive l'Algérie », enfin, je vais rencontrer encore une fois, la passion amoureuse pour un pays. Il paraît qu'ils sont silencieux. Mais de quoi ont-ils peur ? On verra ! On les appelle chichi, car paraît-il, ils se la jouent frime, « à l'américaine » comme disait l'autre. Le jeudi soir, début du week-end en Algérie, Ces enfants des nouveaux riches ou  issus de la bourgeoisie FLN déboulent, tous en boite où le whisky coule en cordes de pluie. eh ! Les chichis ! Si cela peut vous rassurer, je ne porterai aucun jugement sur vous et votre vie, et je ne vous ferai pas de procès. Chacun est libre de donner un sens à sa vie, comme il l'entend ! Je pourrais même vous flouter le visage si vous me donniez quelques opinions, même chantées. Au fait, si vous ne vous sentez pas beaux, pas regardables, c'est votre problème, je respecte. Une bonne tâche bien floue sur votre bouille, marque méconnaissable, garantie N.F ! Les immigrés, eux, parlent en cadeaux pour la famille et en devises pour l'état algérien. Ils sont très bavards. Voilà des raï bien appréciés ! On leur demande aussi de gagner la coupe du monde avec Zidane. Frères, je vais aller voir ces gens qui veulent s'évader…moi, j'ai quelques années d'évasion et toujours pas de réponses, ma toile est encore blanche.. Une envie de dire : pardon pour sa pâleur ! Pas de prétention sociale, pas de parti, pas de syndicat, de témoignages à déclarer, pas de colères, rien à revendiquer, pas de politique, juste me rechercher, me retrouver, rien à prouver, rien à cirer, envie de crier des images, envie de parler, pas envie de chialer, envie de rire, et d'aimer sans violon ! De quitter mes amours pour mieux les retrouver, et enterrer mes monstres.   Je pense à un long, long,  très long zoom sur des yeux de femme… d'une sœur, d'une frangine de ce pays, il dure très longtemps, il faut du temps pour faire un tableau. Le temps de le faire. Evident ? Pas tant que cela ! Autre gros plan sur les yeux d'une mère assise sur une tombe dans un cimetière  sans ombres, brûlé par un soleil, du feu ! Tenir un travelling en apnée, d'Alger jusqu'à Djanet en passant par Oran et Tlemcen, les rails ignorent les faux barrages, et je ne suis pas une couille molle, ma camera est une arme efficace et de haute précision !  J'éclaterais la tête à celui qui me barrera la route et qui veut m'anéantir. Les plateaux de tournage seront respectés, nom de dieu ! Messieurs les islamistes haineux, restez poli avec ma caméra, sinon, elle vous tuera. Ma camera sera  une détectrice de mensonges, elle arrêtera de tourner ou elle filmera différemment vos tromperies pour mieux les casser. De toute façon, je vous censure ! J'ai rendez-vous avec une mère en pleurs dans un cimetière que vous avez enrichi. Elle est plus apte que vous à parler d'amour. Son regard sans vengeance, et sans réponse ! Muette, digne ! C'est aussi, cela l'Algérie ! Un poker menteur qui a mal tourné. Je ne peux pas refilmer ses yeux, refaire la scène et le plan comme sur une fiction, le plan de ses yeux appartient déjà au passé, celui-ci est maintenant enterré au milieu des innocents, L'innocente morte vivante me regarde nettoyer une tombe, je reste quelques minutes,  silencieux,  à lire un nom puis tranquillement,  je sors du cimetière en essuyant mes mains poussiéreuses. Faire juste quelques  images avec pudeur pour ne pas oublier. L'histoire sera t'elle belle ? Oui, je l'espère ! Y aura-t-il de belles rencontres, des couleurs, de belles musiques, des sons et  des parfums ? Ton sourire ? Il faut penser  au départ, charger le film, étaler les couleurs. Ce sera un documentaire spontané écrit comme une fiction, découvrir l'intimité des vies au cours des mariages, des soirées, des rencontres du hasard, des travaux des champs, des œuvres des artisans, des rêveurs, des chanteurs, des oubliées, des enfants, des vieux, des reines, des princesses et des rois. Et le montage ? De la clarté, de la transparence comme l'eau des sources, au sommet des montagnes vers des ruisseaux, puis des rivières puis un fleuve jusqu'à la mer ! Respecter le temps de leurs naissances, de leurs descentes et de leurs évanouissements dans la grande bleu. Se caler au rythme de la vie avec ses hauts et ses bas ! Ses hors-champs, ses transitions, ses ellipses et des faits décomposés et titrés. Le temps de raconter une équipée, une histoire, des aventures ! Confronter mes mémoires, des flashs d'images, mes bandes sonores, mes pointes d'humours,  mes films d'aventures, mes dunes de sable, Hollywood et des yeux ! Un film à la première personne du singulier, pour nous au pluriel, pour se réunir et se comprendre tous, pour vivre ensemble, sans polémique, dans la paix ! Un film qui donne envie d'aimer la vie  ! Un film qui donne l'espoir ! Un film qui envahit ! Un film comme si c'était le dernier. Prêt ? Bon pour le son ! Moteur ! Ça tourne ! clap :  Gravé dans le cœur :  séquence 1, plan 1. Action ! Un grand coup de pinceau caresse la toile et… et la vie est belle. Mohamed Protection des droits d'auteur Le texte peut être copié et redistribué librement, avec les restrictions suivantes: - Le texte ne doit pas être publié sous forme imprimée sans accord préalable écrit de l'auteur. Il ne doit pas être publié sous forme électronique ou multimédia, ou inclus dans des compilations, ou mis à disposition sur des serveurs en ligne dont la consultation serait autre que gratuite, sans accord préalable écrit de l'auteur. - Le texte ne doit pas être modifié. Il doit être reproduit en entier, ou pas du tout. 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