Le tribunal de grande instance a prononcé la liquidation judiciaire de "Jeunes Errants", l'association qui, depuis 14 ans, prend en charge les mineurs étrangers, ces enfants des rues de Marseille qu'une guerre, la misère ou un chaos familial ont poussé à émigrer. Ils sont chaque année 150 à "débarquer" dans les bouches-du-Rhône.
Un étranglement financier progressif a poussé le président de l'association, à déposer le bilan. Un liquidateur va licencier les quatorze salariés qui n'ont pas été payés en septembre, des éducateurs dont la qualité du travail est reconnue par les professionnels de la protection de l'enfance. Ils poussaient la porte des squats, allaient dans les familles d'origine, en Algérie, en Roumanie...pour préparer un retour. D'importants retards - jusqu'à 3 ans- dans l'acheminement de subventions du Fonds européen des Réfugiés (250 000 E sont bloqués dans les circuits ministériels) et "l'absence d'un coup de pouce pour nous sauver de la part de nos partenaires institutionnels", ont provoqué la chute de "Jeunes Errants". Les retards dans les versements des cotisations sociales et les pénalités, les tentatives d'échelonnement de la dette ont creusé le trou mais, indique le président de l'association, il aurait seulement fallu 200 000E pour éviter la liquidation de l'association. Utilisateur de la compétence de "Jeunes Errants", le parquet de Marseille a déploré cette disparition " pour quelques dizaines de milliers d'euros manquants alors que l'Etat semble trouver la possibilté de restructurer son système financier". Le personnel de Jeunes Errants s'inquiète du devenir des mineurs pris en charge que leur travail protégeait des violences dans les squats, d'une exploitation par les réseaux de revente ou autres trafiquants... Le président de l'association redoute ainsi "un retour de manivelle: les délits, la prostitution... C'est un beau gâchis".
Depuis 2004 "la petite école" scolarisait des enfants, notamment Roms, afin de les soustraire au travail, ferraillage, mendicité... Le "manque à gagner" pour leurs familles était compensé sous forme de nourriture, de couches ou d'aide dans l'accession au logement. Depuis sa création, "Jeunes Errants s'est occupé de 2500 mineurs isolés dont elle garde l'histoire dans ses archives. Parfois, l'un d'eux appelle du Danemark, du Canada pour donner des nouvelles. De bonnes nouvelles.
Les salariés assistaient, les larmes aux yeux, à l'audiance de liquidation avec ce seul réconfort du procureur: " Je vous remercie les uns et les autres pour ces 14 années passées dans les rues, où nous, nous n'étions pas".
(Article du 15 octobre 2008 dans la provence, par Luc Leroux)