Les commémorations du 40eme anniversaire de mai 68 battent leur plein. Bonjour la nostalgie! Mais que signifie au juste cet engouement quasi généralisé pour ces quelques semaines de charivari, il y a déjà si longtemps? Est-ce une réaction - salutaire- contre les propos d'un candidat-président, voici un an, et la volonté de sauvegarder, contre vents et marées, cette page d'histoire nationale? Dans ce cas, les soixantehuitards et consorts seraient devenus, malgré eux, des conservateurs. Ou bien mai 68 peut-il avoir encore valeur d'exemple pour tous ceux qui sont nés après? Après quoi courrons-nous que nous n'avons plus aujourd'hui? La réponse est peut-être dans les nombreux extraits d'actualités filmées de cette période. En les redécouvrant, on a le sentiment qu'une énergie formidable traversait les manifestants. Etudiants ou ouvriers, ils n'avaient pourtant pas un physique de guerrier mais ils avaient le courage de se colleter aux CRS ( qui, eux, ne lésinaient pas sur les coups de matraque). Pour affirmer leurs convictions, pour clamer leurs revendications, ils ne craignaient pas de donner et de recevoir des coups, parfois très violents. Eh bien cette ferveur et ce courage-là, les Français actuels, toutes origines sociales confondues, n'en sont plus capables. S'ils manifestent encore, c'est en suivant bien sagement un parcours annoncé d'avance et dûment balisé par les forces de police. C'est essentiellement pour cela que mai 68 nous fascine autant. Nous avions encore la force de sortir des sentiers battus et de faire l'histoire à même la rue. Désormais, l'histoire se fait sans nous.
Jean-Luc
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